Le documentaire "Prisonnier pour la liberté" de Mariane Roussy, projeté dans le cadre du FIFDH, illustre un phénomène grandissant en Colombie. Les mouvements paysans, assimilés par leurs gouvernements à des réseaux de terroristes et de narcotrafiquants, sont traqués et massacrés par des groupes paramilitaires. Or la Colombie doit se prononcer sur un projet de loi visant à démobiliser ces escadrons de la mort. Leurs responsabilités seraient alors passablement allégées. Le Haut Commissariat des droits de l’homme met le holà.

Le film narre le calvaire de Francisco Pacho Cortes, dirigeant paysan colombien, contraint de s’exiler pour la Bolivie, après plusieurs tentatives d’assassinats. Mais, dès son arrivée à La Paz, en avril 2003, Pacho est arrêté par la police bolivienne pour ses prétendus liens avec des narcotrafiquants. Le film montre ses liens avec Evo Morales, devenu entretemps président de la Bolivie. Aujourd’hui, Cortes est en liberté provisoire et attend son jugement. Il ne peut toujours pas quitter le sol bolivien.

Disproportion des peines

"Prisonnier pour la liberté" a un lien direct avec le projet de loi en Colombie qui vise à démobiliser pleinement les paramilitaires - généralement les auteurs de massacres contre les paysans et les syndicalistes. Cette loi, proposée par le gouvernement de Alvaro Uribe, est rejetée par les ONG et les mouvements humanitaires qui estiment qu’elle ne permet pas aux victimes d’entamer pleinement une procédure judiciaire contre les auteurs de crimes de guerre. Les ONG dénoncent sutout la disproportion entre les peines proposées (cinq à huit ans d’emprisonnement) et la barbarie des délits commis (assassinats, tortures).

Or, le Haut-Commissariat des droits de l’homme, suite au rapport fourni par son bureau en Colombie, demande que cette loi soit réformée. La déception est grande pour le gouvernement Uribe qui comptait sur l’appui de Louise Arbour.

En guise de réponse, le Haut Commissaire invite la Colombie “à introduire dans la législation sur la démobilisation et la réincorporation de membres de groupes armés illégaux, des réformes nécessaires pour que cette normalisation soit compatible avec les principes et normes internationaux sur les droits des victimes à la vérité, à la justice, et à la réparation.”

Il faut savoir que la Colombie, très soucieuse de ne pas être assimilée aux pays qui violent de manière massive et systématique les droits humains, prend grand soin chaque année de répondre aux recommandations de l’ONU. Le rapport sera débattu au sein du Conseil des droits de l’homme qui doit commencer ses sessions en juin. Comment réagira cette fois-ci Alvaro Uribe ?