Cuba est très irrité par la tournure des négociations sur le Conseil des droits de l’Homme qui se déroulent ces jours-ci à New York. Il n’est pas le seul : de nombreux pays, surtout asiatiques et africains - dont la Chine, la Corée du Nord, le Zimbabwe, le Soudan, ou encore la Biélorussie - accusent les Etats-Unis et « ses principaux alliés » (notamment l’Union européenne) de concocter à leur propre goût un Conseil des droits de l’homme.

Fin février, la mission cubaine à Genève distribuait un document dans lequel son ambassadeur Juan Antonio Fernández Palacios critiquait les conditions requises permettant à un pays d’entrer et de rester dans le Conseil. Les Etats-Unis réclament un processus de sélection sévère qui ramènerait le nombre d’Etats membres à 30 contre 53 au sein de l’actuelle Commission. Cuba, qui dénonce cette main mise « impérialiste », veut que les 191 Etats de l’ONU puissent siéger dans le Conseil. Ce qui reviendrait à étouffer dans l’œuf toute forme de sélection entre Etats « voyous » ou « modèles ».

Ce que cache la colère cubaine

Les revendications cubaines cachent en effet une autre réalité : ce pays, ainsi que ceux qui s’opposent aux nouvelles résolutions, préfèrent se dissimuler derrière des discours idéologiques plutôt que reconnaître les nombreuses violations des droits humains chez eux. Or les mécanismes de contrôle (rapporteurs et représentants spéciaux, groupes de travail, etc.), qui seront renforcés avec le Conseil, sont autant d’obstacles à l’élection de Cuba. L’Ile, qui n’a jusqu’à présent pas ratifié le Pacte des droits civils et politiques de l’ONU et qui viole systématiquement la Charte des droits de l’homme, ne répond pas aux critères définis dans le projet du nouveau Conseil proposé par le président de l’Assemblée générale de l’ONU, Jan Eliasson.

Le deuxième aspect qui fâche le gouvernement Castro concerne une disposition introduite dans la dernière version du projet de Jan Eliasson. Ce point autorise l’Assemblée générale à voter par deux tiers des voix la suspension d’un pays membre du Conseil, si ce pays ne respecte pas les droits humains.

En janvier dernier, la représentante personnelle de la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, la juriste française Christine Chanet, s’est fendue, pour la quatrième année consécutive, d’un rapport dénonçant des arrestations et des détentions de dissidents ainsi que d’autres multiples atteintes sur l’Ile. Elle y a aussi constaté que les cas de mauvais traitements dans les prisons ont augmenté et que « plusieurs journalistes et députés européens ont été expulsés de Cuba en mai 2005 ».

Vague de répression

Elle rappelle « la vague de répression sans précédent intervenue en mars-avril 2003 à Cuba (...) Près de 80 personnes appartenant à la société civile ont été arrêtées. Elles ont été jugées et condamnées à de très lourdes peines de prison allant de 6 à 28 ans (...) Les poursuites incriminaient la publication d’articles ou d’interviewa à travers les médias, la communication avec des ONG internationales et des exilés aux Etats-Unis ou en Europe (...) la communication avec des groupes sans reconnaissance officielle : syndicats, etc. »

A ce jour, ils sont plus de 300 prisonniers politiques à croupir dans les geôles cubaines. Et les autorités cubaines n’ont toujours pas donné suite aux recommandations de Chanet.