Exilith , la dernière pièce de Reza Baraheni, évoque l’anéantissement de Lilith, la première compagne d’Adam, chassée par Dieu pour cause d’insoumission. Le poète iranien dont la pièce est actuellement jouée au théâtre genevois de Saint Gervais avait donc toute sa place au débat sur les femmes face aux communautarismes organisé dimanche par le Festival international du film sur les droits humains (FIFDH).

Que vous inspire un tel débat ?

Aucune communauté, encore moins si elle est basée sur la religion, ne peut prétendre à l’égalité tant que ses hommes et ses femmes n’ont pas les mêmes droits. Or un régime religieux, qu’il soit juif, chrétien ou musulman, est incompatible avec le principe d’égalité car il véhicule forcément une pensée patriarcale.

Que peuvent alors faire les Iraniennes, qui vivent sous la loi islamique ?

Les Iraniennes ont été très courageuses. Elles ont su comment avancer malgré l’oppression. Elles sont descendues dans la rue, elles ont manifesté pour leurs droits sociaux, économiques et politiques. Vous savez, parfois c’est l’oppression qui réveille les consciences.

Quel est l’influence de l’actuel président Mahmoud Ahmadinejad, connu pour ses positions ultra-conservatrices ?

C’est une période transitoire dans l’histoire iranienne. La discrimination pratiquée par l’actuel gouvernement est très dure. Mais la solution ne viendra certainement pas de l’extérieur. Il y a eu plus de femmes tuées en Iraq depuis l’invasion américaine que dans n’importe quelle autre période de l’histoire musulmane. La démocratie ne peut pas venir de dehors, contrairement à ce que Bush prétend. Elle doit émerger de l’intérieur.

Les Iraniennes ont plus de droits que de nombreuses femmes dans le monde musulman. Elles peuvent voter et se présenter aux élections. Beaucoup travaillent ou étudient.

Risquent-elles de perdre tous ces acquis avec l’actuel président ?

Non, car aussi bien le président que le gouvernement actuel sont faibles. Les Iraniennes, elles, ont pris confiance, suite à toutes les batailles qu’elles ont gagnées. Et les jeunes générations, qui ont vu leurs mères et leurs sœurs souffrir, ne vont pas reculer. Leur combat va peut-être ralentir sous le régime actuel mais rien ne pourra plus arrêter cette marche vers la démocratie.

La semaine prochaine, le Conseil de sécurité de l’ONU pourrait décider de sanctions contre l’Iran. Votre réaction ?

Bombarder l’Iran ou lui imposer des sanctions économiques ne mènera à rien. Cela ne fera que rassembler la population autour du gouvernement actuel.

Or, ce régime est en crise et il ne tardera pas à s’écrouler, comme celui du Shah en 1979. Mais encore une fois, la solution ne doit pas venir de l’extérieur mais de la population à l’intérieur.