Qu’est ce qui vous a le plus frappé en Chine ?

Ce pays est en train de changer avec une rapidité vertigineuse. C’est à la fois fascinant et effrayant. Car toutes les valeurs sociales et familiales volent en éclats. A cela s’ajoute l’émergence d’une génération d’enfants uniques, adulés et archi gâtés par leurs familles. Actuellement, la société est composée en majorité de ces «petits empereurs», souvent égocentriques et individualistes. A mon avis, ce phénomène va engendrer d’importants problèmes de société.

Vous affirmez que l’évolution chinoise semble plus convaincante que celle de l’ex-URSS. Doit-on comprendre que la tyrannie de Pékin a ses bonnes raisons?

Le potentiel de ce pays est gigantesque, tout comme les risques de catastrophes liés à l’autoritarisme. Mais je trouve que la soudaine ouverture politique de l’URSS, que j’admirais à l’époque, a entraîné des problèmes plus graves qu’en Chine. Pékin sait fort bien que le pays n’est pas à l’abri des mêmes dérapages. Les dirigeants en ont très peur.

La stabilité est donc prioritaire pour eux. Pour maintenir son pouvoir, qui manque de légitimité par des vraies élections, le parti communiste tend à réprimer toute forme de contestation. La Chine risque de devenir prisonnière de son propre système. Une ouverture politique par étapes pourrait offrir une stabilité à long terme. On a vu des premiers pas timides avec des élections communales, mais ça en reste là.

La pression des entreprises étrangères pourrait-elle encourager l’ouverture?

Ce n’est pas évident au niveau politique, ça l’est plus au niveau social. En appliquant des codes de bonnes conduites, les entreprises installées en Chine permettent aux travailleurs de prendre confiance en eux. Novartis par exemple connaît un système social très développé pour ses employés, avec même la possibilité de dénoncer anonymement des cas de corruption au sein de l’entreprise. Il est capital que les multinationales se coordonnent pour donner le bon exemple. L’ONU, avec Global Compact, tente de mettre en place des règles internationales.

Le dialogue entre la Suisse et la Chine sur les droits de l’homme a-t-il un sens?

La Chine, très consciente de sa puissance, n’est pas prête à recevoir des leçons d’un petit pays. Donc, un dialogue constructif n’est pas facile à ce niveau. Par contre, les Chinois sont très preneurs de propositions concrètes. La Suisse a fait venir des responsables de la police, de prisons ou des tribunaux pour des formations continues. Par ce biais, nous faisons beaucoup mieux avancer les choses.

Propos recueillis par Carole Vann / InfoSud