Les ultimes tractations ne vous ont pas fait perdre espoir?

Non. D’abord parce que je suis une indécrottable optimiste. Ensuite, parce qu’avec d’autres Etats, la Suisse n’a jamais cessé de s’accrocher. Je savais que nous disposions, vis-à-vis des Etats-Unis, d’une marge de persuasion. Je n’imaginais pas qu’on ne puisse pas réussir.

Quels ont été, dans cette bataille pour le Conseil, les alliés les plus sûrs de la réforme?

Beaucoup de pays se sont engagés à partir du moment où le texte du président de l’Assemblée générale a commencé à circuler. Le rôle de l’Union européenne a été très important. Mais tout cela a été possible parce que le texte adopté est un bon compromis et parce que le président de l’Assemblée générale, Jan Eliasson, a fait un superbe travail.

Le fait que le statut du Conseil soit plus élevé que la Commission, puisqu’il dépendra directement de l’Assemblée générale de l’ONU, est un atout majeur. Idem pour l’évaluation périodique des pays membres, ou pour les possibilités de suspension d’un Etat coupable de violations massives.

Le caractère permanent de l’institution, qui se réunira au moins trois fois par année, va aussi conforter les défenseurs des libertés. C’est une avancée majeure. Certains Etats auraient aimé aller plus vite. Mais nous ne partageons pas cette vision maximaliste et intransigeante.

Les Etats-Unis ont tout de même voté non...

J’ai toujours dit que je souhaitais une participation active des Etats-Unis. Les avoir contre le Conseil aurait été un très mauvais signe. Or tel n’est pas le résultat du vote d’hier. Certes, les Américains se sont opposés, mais ils l’ont fait de manière constructive, sans chercher à mettre à bas tous les efforts déployés jusque-là.

La Suisse peut être fière de ce vote?

La création du Conseil est un grand succès pour notre diplomatie. Je n’ai pas peur de dire que ce nouvel organe est une «idée suisse». Nous l’avons formulée en 2003, puis je l’ai présenté moi-même à la Commission en mars 2004.

Notre mérite principal, je crois, a été d’accompagner ce projet et d’y consacrer les ressources nécessaires. Au départ, c’était une utopie. Nous avons contribué à en faire une ambition. D’où la candidature de la Suisse au Conseil.

La Genève internationale se voit nettement renforcée?

Ce vote est très important pour Genève. C’est la première fois dans l’histoire de l’ONU que la Suisse accueille un organe permanent de cette importance! Cela veut dire plus de délégations, plus de sessions, des acquis préservés et une participation sans doute plus active encore de la société civile. La Genève internationale sort revalorisée de cette journée.

La Commission des droits de l’homme va reprendre ses travaux lundi 20 mars. Pour faire quoi?

Le bureau de la 62e Commission, qui sera donc la dernière, doit se réunir dès demain à Genève. Il devra fixer les contours de la session à venir, qui sera probablement réduite à environ trois semaines et essentiellement consacrée au transfert des compétences vers le Conseil.

Il est essentiel d’assurer une transition correcte pour que le 9 mai, l’élection des 47 pays membres puisse avoir lieu, et que le 19 juin, le Conseil prenne ses fonctions.

Session réduite, cela veut dire que les victimes et leurs défenseurs présents maintenant à Genève ne pourront pas être entendus par la Commission...

L’objectif, c’est que le Conseil fonctionne au plus vite. Et dans les meilleures conditions possibles. Or la participation de la société civile est une priorité de cette réforme.

Ce qui importe, c’est donc de tout faire pour que l’année 2006 ne soit pas une année blanche pour les libertés, qu’il n’y ait pas de «trou noir». Pourquoi pas une rencontre avec les ONG pour en parler? Il nous faut maintenant chercher le dialogue et surtout rassurer les défenseurs des droits de l’homme.